Par Ryokun
Posté le 18 Janvier 2010 à 06h50
Bayonetta : Enfer et Paradis
Anges, démons, et sorcière en combinaison moulante : l'un des derniers jeux noté 40/40 par le magazine japonais Famitsu vaut-il réellement le coup ?
[Test réalisé sur la version Xbox 360]
A peine inaugurons-nous la nouvelle année que l'un des gros jeux de 2010 arrive déjà sur les chapeaux de roue. Réalisé par le studio Platinum Games et dirigé par Hideki Kamiya, déjà responsable de Devil May Cry, Viewtiful Joe ou encore Okami, Bayonetta fait son entrée fracassante sur nos consoles de salon. La sorcière de Sega saura-t-elle renouveler le genre du Beat Them All ?
Une mise en scène efficace

Tout commence 20 ans plus tôt lorsque Bayonetta se réveille d'un cercueil au fond d'un lac. Ne se souvenant même pas de son propre nom, la seule chose dont elle est certaine est qu'elle est une sorcière. Traquée par une armée d'anges - ressemblant plus à des monstres qu'à des anges par ailleurs - et ne vivant pas sur le même plan de réalité, Bayonetta peut grâce à ses pouvoir passer dans le "purgatoire", lui donnant la possibilité de voir et dérouiller sauvagement les envoyés de Dieu en voulant à sa vie.
De nos jours, l'héroïne s'est intégrée au milieu obscure de la pègre, partagée entre humains et démons venus de l'enfer. Un informateur lui révèle que des pistes potentielles sur son passé pourraient se trouver dans la ville européenne de Vigrid, cité dont les habitants sont de fervents adorateur des anges. Il n'en faut pas plus à Bayonetta pour s'y rendre afin de découvrir quels secrets son amnésie dissimule. Et accessoirement massacrer une horde d'anges venus l'accueillir en nombre.
Si ce scénario relativement conventionnel tient sur un ticket de métro, avouons que la mise en scène, elle, est très efficace. Un gros travail a été fait lors des cinématiques pour les cadrages, les ralentis, les combats spectaculaires types films de Hong-Kong, mais aussi l'humour. C'est bien simple, on a réellement l'impression de se trouver devant un bon film d'action, le tout sans prise de tête. Cette mise en scène rattrape parfaitement la maigre qualité de l'histoire, qui il faut bien l'avouer, ne vous décrochera pas à un seul moment la mâchoire de surprise.
Les graphismes quant-à eux sont beaux, sans être exceptionnels non plus. Les environnements sont malheureusement assez vides dans l'ensemble, avec en général juste deux bancs ou trois pots de fleurs destructibles. Toutefois, il sera rare d'avoir le temps d'admirer la vue : l'action est beaucoup trop intense et frénétique pour que le regard du joueur n'en soit distrait. Et les personnages ainsi que les ennemis sont suffisamment bien modélisés pour vous faire oublier les décors un peu génériques dans lesquels vous évoluerez.
Witch Time

La maniabilité dans le jeu est extraordinaire. Le framerate est excellent : pas un ralentissement ne viendra vous perturber. Les contrôles, eux, répondent parfaitement, le personnage bouge du tac au tac. Deux boutons vous permettront de réaliser les attaques, un autre de tirer au pistolet, tandis que le dernier servira à sauter. Vous pourrez bien entendu réaliser des combos, dont certains se finiront par une attaque dévastatrice. Seule ombre au tableau : pour une raison difficile à comprendre, la vitesse de la caméra avec le deuxième stick est dix fois trop lente par défaut. Mais heureusement un petit tour dans les options du jeu permet de la régler afin de lui donner une valeur un peu plus normale.
Le nerf du gameplay ne se trouvera pas forcément dans les combos, mais dans une autre technique : le Witch Time. Il s'agit d'un effet à la Max Payne permettant de ralentir le temps si vous effectuez une esquive avec R2 au moment exact où un adversaire vous attaque. Inutile dans la confusion de mitrailler le bouton R2 en espérant qu'un ennemi vous porte un coup à cet instant : c'est le meilleur moyen pour que le Witch Time ne se déclenche pas. Même si cette technique est difficile à sortir au début, au bout d'un certain temps l'utilisation devient totalement naturelle, et on en usera et abusera afin de molester nos assaillants sans risquer les coups. Réellement l'un des points les plus réussis du jeu.
Car de la technique, il va en falloir tout au long de la douzaine d'heures de jeu que propose le titre, d'autant que les ennemis sont nombreux et l'action très intense. Il faudra garder des nerfs d'acier, la moindre seconde d'inattention pouvant être très dommageable. Bayonetta est un jeu Gamer par excellence, et c'est un vrai plaisir. Une évaluation vous est donnée entre chaque groupe d'ennemis vaincu, et une récapitulation avec médaille vous est attribuée en fin de niveau, avec bonus en cas de non-utilisation d'objets par exemple. Un classement online est également disponible pour comparer vos performances avec le monde entier. Y aura-t-il des Super Players de Bayonetta ?
Les Portes de l'Enfer

A chaque défaite d'ennemi, vous obtiendrez de la monnaie, les halos, qui vous permettront de faire des achats chez l'un de vos comparses, Rodin, tenancier du bar Les Portes de l'Enfer et par ailleurs démon de son état. Vous pourrez acheter des objets permettant de regagner de la santé, temporairement augmenter l'attaque ou encore temporairement augmenter la défense. Vous pourrez également vous procurer moyennant finance des objets et armes sous certaines conditions, mais aussi de nouvelles techniques afin d'enrichir vos combos. Avouons qu'il sera malheureusement difficile de tout retenir, et seuls les joueurs vraiment aguerris sortiront les combos les plus dévastateurs. En tous cas, la panoplie en sera tout de même plus étoffée, bien qu'elle soit déjà bien fournie de base, et c'est toujours appréciable.
Des techniques spéciales se débloqueront quant-à elles au cours de l'aventure : marcher sur les murs ou se transformer en panthère par exemple. Si marcher sur les murs ne pourra être exécuté que sous certaines conditions bien précises, la transformation en panthère, elle, sera réalisable à volonté par une simple double-pression de R2. Elle permettra d'une façon particulièrement classe de foncer vers les ennemis, ou plus simplement de parcourir les distances plus vite. Une très bonne trouvaille.
Parlons enfin des objets : comme précisé plus haut, des articles achetés aux Portes de l'Enfer - sous la forme de sucettes pour être précis - peuvent vous redonner santé ou modifier vos stats. Vous pourrez également créer ces objets directement dans le menu : en mélangeant trois types d'ingrédients trouvées au cours de l'aventure en certaines quantités, vous pourrez créer l'objet voulu. C'est bien pratique dans le cas où, par exemple, vous vous retrouvez face à un boss et qu'il ne vous reste plus aucune sucette régénérante. D'autre part, vous pourrez également vous procurer ces objets en les échangeant contre des points obtenus lors de Bonus Stages, "Angel Attack", sorte de Space Invaders où vous devrez descendre des anges grâce à un viseur en un nombre limité de balles.
Prêt à combattre !

Pour se défendre, Bayonetta ne se limitera pas aux pistolets. En récupérant des objets spécifiques, le tenancier des Portes de l'Enfer pourra vous forger de nouvelles armes variées telles qu'un katana, un fouet, ou encore des griffes de feu. Deux types d'armement sont paramétrables dans le menu (mains et pieds), et on pourra switcher facilement de l'un à l'autre par une simple pression de la touche L2. Très pratique dans le cas où l'on voudrait passer rapidement d'une arme à courte portée comme le katana, à une arme longue distance comme les pistolets.
Autre point non négligeable, les armes auront chacune leur spécificité : par exemple, en faisant une rotation complète du stick gauche et en appuyant sur Y, Bayonetta effectuera un déluge de balle si elle est équipé des pistolets. En revanche, si elle est équipé des griffes de feu, la même combinaison permettra, dans un tourbillon du plus bel effet, de transformer les griffes de feu en griffes de foudre. C'est très impressionnant et jouissif.
Qui dit armement dit forcément victimes. Si comme dit plus haut les adversaires sont très nombreux, il faut bien admettre malheureusement qu'ils ne sont pas très variés. Tout au long du jeu, on se retrouvera face à quelques types d'ennemis, déclinés en couleurs et tailles différentes, mais dans l'ensemble leurs designs restent relativement proches.
Les Bosses en revanche sont différents les uns des autres, et surtout titanesques : certains d'entre eux constituent effectivement un niveau à part entière ! Il vous faudra user de tous vos neurones afin de percer la malice des développeurs et trouver le point faible du monstre, sans quoi vos attaques resteront vaines.
Des finishs spectaculaires seront à votre disposition afin d'achever vos assaillants. Pour les simples ennemis, si votre jauge de magie se remplit jusqu'à un certain point, vous pourrez effectuer une "attaque sadique", qui porte relativement bien son nom. En effet, Bayonetta pourra invoquer un objet de torture digne d'un donjon SM, tel qu'une dame de fer, un cheval de bois ou des roues dentées par exemple. Si ces moyens peuvent paraître au premier abord scabreux, il faut préciser que cela reste vraiment du second degré, et certaines scènettes seront même parfois rigolotes.
Les Bosses quant-à eux pourront subir l'"apothéose", consistant en l'invocation d'un démon de l'enfer gigantesque, qui achèvera le monstre de la façon la plus gore -et parfois non sans humour- qui soit. Une réussite.
Un jeu parfait ?

Malheureusement, Bayonetta n'est pas exempt de tout défaut. En plus de ses graphismes beaux mais justes conventionnels, quelques points noirs sont à noter. Tout d'abord, il y a bien souvent trop d'ennemis. On a du mal à voir le personnage, et dans la confusion il est difficile de distinguer si l'on se fait attaquer ou non, ne facilitant évidemment pas l'utilisation du Witch Time. Les joueurs auront intérêt à posséder un grand téléviseur ayant une très bonne définition.
La difficulté, elle, est mal dosée. On passera du très facile au très (trop ?) dur. Certains ennemis par exemple en vous attrapant peuvent vous faire perdre plus de la moitié de votre barre de vie en un seul coup. cela ne laisse aucune place à l'erreur et c'est bien dommage. Un meilleur équilibrage de la difficulté dans l'ensemble n'aurait pas été du luxe.
Le système d'argent est lui aussi loin d'être parfait. Les objets à acheter sont beaucoup trop chers, et il sera impératif de refaire un grand nombre de fois le jeu si vous souhaitez débloquer la totalité des articles et techniques disponibles. Bien sûr, la Replay Value du titre en sera augmentée, mais un juste milieu aurait pu être trouvé.
Enfin, parlons des Quick Time Events. Ces séquences demandant d'appuyer sur une touche particulière en plein milieu d'une cinématique sont malheureusement trop fréquentes. Si le bouton sur lequel appuyer sera le même pour chaque type d'attaque sadique ou apothéose, certains QTE en revanche seront difficilement prévisibles, et le pire, éliminatoires d'office : si vous ratez le coche, vous obtiendrez immédiatement Game Over. C'est dommage car cela crée malheureusement un grand sentiment d'injustice.
Mais très bien tout de même

Relativisons. Ces soucis feront parfois grincer des dents, mais le plaisir de jeu reste tout de même très élevé. Comme dit précédemment, le Witch Time est l'articulation principale du gameplay et son utilisation est particulièrement jouissive, d'autant plus que l'action est survoltée et les contrôles très réactifs.
D'autre part, Hideki Kamiya et son équipe ont su créer un titre où règne action démesurée, humour et parodie. On notera par exemple pour ce dernier cas la phase de Shoot Them Up déjantée où Bayonetta devra éliminer des anges alors qu'elle se trouve sur un missile, avec en musique de fond le thème de Space Harrier, autre grand classique de Sega. Les halos, la monnaie, ne seront pas sans rappeler les anneaux de Sonic. D'autres clins d'oeil au monde vidéo-ludique sont présents, tels qu'Assassin's Creed, Hang-On, ou encore Zelda avec le système de fragments de coeur augmentant la santé maximale. On sent que les développeurs ont voulu se faire plaisir, et c'est réussi : les plus anciens d'entre nous seront ravis de ces "private jokes" en référence aux titres de leur jeunesse.
Conclusion
| Avantages | Inconvenients |
|---|
- Graphismes pas exceptionnels mais jolis tout de même.
- Contrôles répondant au doigt et à l'oeil.
- Jeu très nerveux et très rapide.
- Le Witch Time.
- Les différentes armes et techniques à débloquer.
- La mise en scène.
- Les bosses gigantesques.
- Globalement le délire des développeurs : les clins d'oeil, l'humour, les personnages et les situations too much.
| - Parfois trop fouillis car trop d'ennemis.
- Environnements assez vides dans l'ensemble.
- Difficulté mal dosée.
- Trop de QTE.
- Système d'argent : les objets à acheter sont trop chers.
|
Il y a énormément de choses à dire sur Bayonetta, mais si l'on devait résumer le jeu, un mot viendrait à l'esprit : démesure. Les bosses sont gigantesques, les ennemis vous assaillent par vagues, l'action est survoltée et le tout sans le moindre ralentissement. Les attaques et les finish sont spectaculaires, et cerise sur le gâteau, non sans humour. Les développeurs ont eu la brillante idée du Witch Time, qui même s'il n'est pas original dans son concept est à l'utilisation une merveille. Nous sommes face à un jeu 100% gamer, où chaque stage sera l'occasion de recevoir une note, qui nous permettra de comparer nos performances avec le monde entier. Quant-au système d'argent, la moindre technique ou amélioration étant relativement chère, il vous faudra terminer le jeu plusieurs fois si vous souhaitez en débloquer la majorité, donnant à Bayonetta une forte Replay Value.
Bien sûr, quelques éléments viendront gâcher le tableau, comme les QTE un peu trop nombreux, mais gageons tout de même que le titre a largement de quoi séduire les foules : Bayonetta sera sans aucun doute l'un des meilleurs jeux de l'année 2010.