Par Ryokun
Posté le 04 Mars 2010 à 03h21
Darksiders : libérez votre rage
Deux mois après sa sortie, et alors qu'une démo vient juste de pointer le bout de son nez sur le Xbox Live et le Playstation Network, que faut-il penser de Darksiders ?
[Testé à partir de la version Xbox 360]
Force est de constater que rares sont les jeux qui nous permettent de jouer un bad guy. C'est pourtant ce que nous propose Vigil Games avec Darksiders, en nous faisant endosser le rôle de Guerre, l'un des Quatre Cavaliers de l'Apocalypse au milieu d'une bataille épique entre anges et démons, où rien ne se passe comme il était prévu. Mais parmi des jeux tels que Bayonetta ou Dante's Inferno, Darksiders tient-il sa place au royaume des Beat Them All ?
Les quatre cavaliers

C'est sur un bombardement de météorites que débute l'histoire de Darksiders. Si la scène rappellera forcément le film Armageddon, ces météorites sont en réalité des démons de l'Enfer venu sur Terre pour combattre l'Humanité et les Anges lors du Jugement Final. C'est dans ce véritable chaos que vous, Guerre, l'un des quatre cavaliers de l'Apocalypse, allez intervenir pour décimer tout ce qui pourrait respirer sur notre belle planète, et garantir l'équilibre entre les factions du Bien et du Mal.
Malheureusement, les choses ne se passent pas comme prévu : bien que vous ayez entendu sonner les tompettes du Jugement Dernier, vous constatez que les trois autres cavaliers manquent à l'appel. Vos pouvoirs également sont réduits et loin du niveau auquel ils devraient être. Et c'est en combattant Abbadon, le général des Anges, que vous découvrirez que le septième Sceau n'a pas été brisé, et que l'Apocalypse n'aurait jamais dû avoir lieu. C'est alors qu'un golem géant au service du mystérieux Destructeur, le mal ultime, surgit et tue Abbadon. Vient ensuite le tour de Guerre qui, privé de ses pouvoirs, se voit écrasé comme une mouche.
C'est une fois mort que Guerre se retrouve face au Conseil, sorte d'assemblée garante de l'équilibre entre les factions du Bien et du Mal, qui l'accuse d'avoir déclenché à tort l'Apocalypse. Et c'est pour prouver son innocence et se venger des véritables coupables que le Conseil accepte de lui rendre la vie et de le renvoyer sur Terre.
C'est sur cette histoire à forte référence biblique que se base Darksiders. Rassurez-vous, nul besoin d'avoir étudié en long et en large le catéchisme pour pouvoir appréhender les subtilités de la narration. Même si le concept ne brille pas par son originalité, force est de constater que l'histoire est plutôt bien racontée, et c'est avec délectation que l'on en apprendra un peu plus tout au long du jeu via de nombreuses scènes cinématiques réalisées avec le moteur du jeu. Les personnages sont vivants, et ont chacun un caractère bien trempé, parfois un brin inquiétant étant donné leur nature démoniaque. Le Guetteur par exemple, véritable toutou du Conseil et attaché à l'âme de Guerre, nous donnera tantôt des indices, tantôt des menaces au cas où l'on ne suivrait pas ses ordres. Un bon point que cette narration, qui nous tiendra scotchés les quinze heures environ que dureront l'aventure.
Le jour d'après le surlendemain

L'ambiance graphique est particulièrement réussie, et sur une Terre dévastée par l'Armageddon, c'est important. Si le côté "
Comics" -dû à la présence de
Joe Madureira en tant que directeur artistique- a de quoi rebuter au premier abord, l'esthétique du jeu est en réalité très cohérente et réaliste. Dans ce monde en ruine, on sent que l'on évolue dans une métropole où l'abandon règne, et où la nature reprend ses droits. Des lieux très divers jalonneront votre quête, comme une cathédrale, des égouts, un cimetière ou encore un désert de sable, le tout dans des transitions qui resteront très crédibles.
Les personnages eux aussi sont très bien modélisés, avec des animations réalistes, même lorsqu'ils s'agit de boss n'ayant plus rien d'humain. Enfin, la réussite de l'ambiance doit également beaucoup au côté brutal et gore du titre. Darksiders est un jeu 18+, et ça se sent : mutilations, décapitations, cut-scenes très sanglantes lors des affrontements avec les boss, tout y passe. C'est simple, pour chaque ennemi, guerre à la possibilité de faire un "finish" gore lorsque l'adversaire est presque mort en appuyant simplement sur la touche B. On en usera et abusera, non seulement pour l'ambiance, mais aussi car pendant ce court instant cinématique, notre personnage ne pourra être touché par les assaillants alentours. Une très bonne idée qui rajoute pas mal de dynamisme aux combats.
Seul regret concernant le côté technique : le framerate tout juste correct, et même carrément limite par moment. Et malgré l'installation sur le disque dur, vous subirez quand même de temps à autres des micro-chargements. C'est dommage, mais on fermera bien vite les yeux sur ce défaut devant la qualité graphique générale.
Equipement de barbare

Les armes principales sont au nombre de trois. L'épée, qui absorbe les âmes de nos victimes, est disponible en permanence, et sera actionnée lorsque l'on appuie sur le bouton X. En ce qui concerne les deux autres armes, on pourra choisir l'une ou l'autre -que l'on gagnera au fil de l'aventure- en appuyant sur la touche bas du pavé directionnel. On les utilisera comme l'épée, d'une simple pression du bouton Y. Plus on utilisera chacune des trois armes, plus leur niveau respectif augmentera, le maximum étant un niveau de quatre. Plus il sera important, et plus les adversaires seront faciles à abattre, bien entendu. Chacune des armes aura ses avantages et inconvénients, et il faudra la choisir convenablement face au type et au nombre d'ennemis que vous devrez affronter sur le moment. De plus, chaque arme contiendra un emplacement pour une amélioration que vous trouverez au cours du jeu. Certains de ces add-ons possèdent un bonus inséré, c'est-à-dire actif uniquement lorsque vous utilisez l'arme en question, ou un bonus passif, valide quelque soit l'arme que vous utilisez.
Des combos seront également de la partie, environ une dizaine par arme. Ils seront à débloquer, comme bien souvent dans ce type de jeux, via un magasin tenu par un démon nommé Vulgrim. Celui-ci vous les échangera bien volontiers contre les âmes des monstres que vous aurez terrassés. Une dizaine de combos par armes seront disponibles, mais ce qui est intéressant, c'est que chaque combo pourra avoir plusieurs niveau, le renforçant au fil de vos achats. Une bonne idée, mais qui impliquera tout de même d'économiser un minimum ses âmes en ne boostant que deux ou trois techniques et laissant les moins intéressantes (et les plus compliquées à exécuter) pour plus tard.
Guerre pourra aussi compter dans son combat sur des pouvoirs magiques, comme la peau de pierre qui augmente la défense, ou l'affliction, qui permet d'empoisonner ses adversaires. Grâce à sa jauge de Courroux, en appuyant sur LB puis sur l'un des quatre boutons assigné au pouvoir que l'on désire, notre personnage pourra l'activer jusqu'à ce que sa jauge soit vide. Encore une fois, peu de pouvoirs sont disponibles puisqu'ils sont au nombre de quatre, mais on pourra tout de même, comme pour les combos, augmenter leur niveau en achetant des améliorations chez Vulgrim. De quoi nous donner une chance supplémentaires face aux hordes d'ennemis.
En outre, vers la moitié du jeu, une jauge de Rage viendra s'ajouter à votre interface déjà bien chargée. Elle se remplira lorsque vous utiliser votre épée sur des ennemis, et une fois la jauge pleine, vous pourrez, moyennant une pression simultanée sur LB et RT, vous transformer en démon de flamme gigantesque. Bien que Guerre soit à la base plutôt grand (en tout cas à l'échelle d'un humain), vous n'aurez ainsi aucun mal a toiser de haut les nombreux démons sur votre route. Il faudra cependant réaliser votre carnage le plus rapidement possible, ce pouvoir ne durant malheureusement que peu de temps.
Enfin, des accessoires seront également à votre disposition. Il s'agira plus d'outils que d'armes, et seront à dénicher au beau milieu des donjons pour vous permettre la plupart du temps de résoudre des énigmes. Ainsi, vous trouverez le Shuriken géant qui fera office de boomerang, le grappin, le pistolet, ... Au nombre de six, ces outils seront assignables au pavé directionnel suivant trois emplacements qu'il conviendra de régler dans le menu principal. A noter que plusieurs accessoires possèdent un système de viseur si l'on appuie sur le stick droit. Cela permet notamment pour le Shuriken d'assigner jusqu'à cinq cibles grâce à LT avant de le lancer. Une très grande réussite car extrêmement simple à mettre en oeuvre, et qui vous servira un nombre incalculable de fois lors des énigmes jalonnant les donjons.
Ocarina Of Time

Car oui, nous sommes bien loin d'un simple Beat Them All. Darksiders se rapproche beaucoup plus du jeu d'aventure, notamment grâce à ces fameuses énigmes tonitruantes. Dans les donjons, chaque salle est faite pour mettre à contribution vos neurones (qui par ailleurs souffriront), et c'est là que l'on pourra s'apercevoir que le jeu est un hommage vibrant à la série des Zelda, notamment Ocarina Of Time. Par exemple, certaines énigmes vous demanderont d'utiliser des bombes poussant dans des plantes afin de détruire un mur ; parfois, vous devrez utiliser le Shuriken géant afin de le faire d'abord passer dans une torche, puis dans une bombe afin d'allumer cette dernière. Et que dire du grappin, ou encore des nombreux switchs à actionner, parfois à distance ? Ou encore de notre destrier, Ruine, qui ne sera pas sans rappeler Epona ?
Comme tout Zelda qui se respecte, votre barre de vie pourra augmenter grâce aux fragments de vie : une fois quatre d'entre eux récupérés, vous gagnerez un nouveau "coeur" (enfin ici une tête de mort, ce qui est un peu moins poétique) sur votre barre de santé. Même chose pour la magie : des éclats de courroux permettront d'augmenter votre jauge petit à petit.
Bien sûr, on pourrait croire que tous ces éléments ne sont que de simples plagiats transposés dans un univers gore et bestial, mais ce n'est pas aussi facile. On ressent réellement l'effet clin d'oeil à la série de jeux japonais, les accessoires de Darksiders étant véritablement originaux, comme le Shuriken qui peut rebondir sur plusieurs ennemis, ou encore le grappin qui suivant la couleur des points d'ancrage soit vous attirera, soit vous permettra de vous balancer. D'autres accessoires, qu'on ne citera pas pour ne pas spoiler, permettront de résoudre des énigmes dont Link n'aurait jamais soupçonné l'existence. A mon sens, l'adaptation et la personnalisation de cette mécanique d'énigmes est sans nul doute la plus grande réussite du jeu.
Courroux, rage et énervement

Malheureusement, en plus du framerate qui comme dit plus haut est loin d'être au top, certains petits souci viendront agacer le joueur. Tout d'abord, les environnement sont de véritables couloirs et la progression dans le jeu est assez linéaire : énigmes, monstres, trouver l'accessoire, énigmes, monstres, boss. De même, on notera pas mal d'allers et retours dans les pièces des donjons qui rajouteront artificiellement de la durée de vie. Fort heureusement, le rythme et la narration sont tout de même suffisamment travaillés pour qu'on ne s'en rende pas trop compte. J'en veux pour exemple la cathédrale, où l'on poursuivra le boss du début de l'édifice jusqu'au sommet, tout en résolvant les énigmes sur le chemin. Une bonne idée qui permet de garder du dynamisme et ne pas lasser les joueurs.
En outre, certains contrôles seront parfois agaçants. Par exemple, et de façon assez inexplicable, lorsque l'on saute de l'extrême bord d'une corniche, Guerre... ne sautera tout simplement pas. Vraiment pas pratique lorsqu'on veut être sûr qu'une énigme ne requière pas simplement de sauter de l'autre côté en utilisant notre détente naturelle. De la même façon, la grande profusion de touches reste assez problématique, notamment lorsqu'on doit passer très vite d'un accessoire à un autre : on s'emmêlera bien vite les pinceaux. Au mieux on devra recommencer l'énigme, au pire on tombera à nouveau dans un gouffre, synonyme de perte d'une fraction de vie. Heureusement, les énigmes nécessitant du skill en plus de la réflexion sont assez rares, mais il fallait tout de même souligner cet inconvénient qui nous fera ronchonner quelques fois.
Malgré cela, on fermera bien volontiers les yeux sur ces défauts : il faut avouer que l'on est en face d'un très bon jeu, avec énormément de réflexion, une ambiance très sombre, des boss gigantesques et une durée de vie très acceptable. Les nombreux items à découvrir, dont certains sont loin d'être anecdotiques, augmenteront encore cette dernière, faisant de Darksiders un excellent jeu d'aventure. Après tout, que demander de plus ?
Conclusion
| Avantages | Inconvenients |
|---|
- Design général (décors variés, personnages et environnements réussis).
- Combats simples, et en même temps élaborés avec les armes secondaires, magies, combos, ...
- Histoire bien mise en scène.
- Le côté brutal et gore.
- L'équipement très varié.
- Les énigmes qui sont un vrai hommage à Zelda.
| - Une profusion de touches, on se trompera parfois dans les contrôles.
- Assez linéaire, avec des environnements "couloirs".
- Fluidité moyenne, des micro-chargements malgré l'installation sur disque dur.
|
Darksiders est vraiment une très bonne surprise. Bien plus qu'un simple Beat Them All, il se révèle être en réalité un jeu d'aventure particulièrement fin et bien pensé, dont les incessantes énigmes, qui ne seront pas sans vous rappeler Zelda, vous tritureront les méninges tout au long de votre quête. Un équilibre quasi-parfait entre réflexion et combat a tout de même été trouvé, et parcourir la quinzaine d'heures de jeu sera un véritable plaisir. Beaucoup d'items et coffres cachés viendront rallonger l'aventure, lui donnant une Replay Value non négligeable. Bien sûr, le jeu est un peu linéaire, et un Framerate parfois limite sera à déplorer, mais dans l'ensemble le titre satisfera même les plus exigeants d'entre vous. Une valeur sûre, et n'ayons pas peur des mots, sans aucun doute l'un des jeux clés de 2010.